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© Béatrice La Palme
Société d'histoire de Beloeil-Saint-Hilaire, Fonds Pierre Lambert
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Elle était la Céline Dion de son temps, une petite fille bien de chez nous, une sublime cantatrice. De 1904 à 1914, en Angleterre, en France, aux États-Unis et au Canada, Béatrice La Palme fut adulée par des milliers d'admirateurs. Mais si tous les pays et toutes les époques ont leurs génies, certains disparaissent complètement des mémoires...
On a surnommé Béatrice La Palme la « Diva de Beloeil » parce qu'elle est née à Beloeil, dans la vallée du Richelieu, le 27 juillet 1878. Son père était cultivateur; sa mère, Praxède Le Testu, fille de médecin. Pianiste, élevée dans l'amour et la vénération de la musique (son grand-père était chantre à l'église de Saint-Hilaire), Praxède ne fit pas carrière pour autant. Il était extrêmement rare, en cette fin du XIXe siècle, au Québec, qu'une femme puisse même rêver d'une telle vie. Mais sa fille Béatrice, ou plus exactement Marie-Béatrix-Alice, ne verra pas ces convenances du même oeil.
Les temps sont durs dans les champs de Beloeil, par -30 en plein hiver. La grande ville, Montréal, attire les plus audacieux et les plus démunis.
Les La Palme vivent leur exode, sans doute pour le plus grand bien de Béatrice qui, dès l'âge de huit ans, est pensionnaire au couvent d'Hochelaga. Solfège, piano, chant, elle touche à tout, notamment avec ses tantes religieuses, les soeurs de sa mère. En 1891, inscrite à l'Académie Cherrier, Béatrice sait déjà, au fond de son coeur, que la musique est son destin, mais la mort brutale de sa mère assombrit cette révélation. Immense perte : cette femme, avec la plus grande tendresse, lui a appris les rudiments de son art, le sens de la discipline et la dignité. Béatrice n'a que 13 ans. Il faut croire qu'elle comblera ce manque par un incommensurable désir de s'accomplir dans sa passion. Celle-ci, toutefois, reste à découvrir.
Le principal biographe de Béatrice La Palme, Romain Gour, rapporte que la jeune fille, tombant un jour sur le violon d'un ami de passage, s'en saisit et parvient à en jouer après quelques heures seulement. La famille est stupéfaite. Béatrice aussi. Sous ses mains, cet instrument s'est mis à vibrer ; elle l'a senti dans tout son corps. La jeune jeune fille devient alors l'élève du violoniste belge Frantz Jéhin-Prume. Aucun doute aux yeux du professeur : il a affaire à une virtuose. Désormais, Béatrice appartient à la musique. Commence alors un travail acharné qui la mènera à donner très tôt de petits concerts à Montréal. En 1895, elle reçoit la bourse Strathcona de l'Université McGill, grâce à laquelle elle pourra étudier en Grande-Bretagne. Béatrice a 17 ans.
Forte de sa liberté - exceptionnelle pour une jeune fille de cette époque - Béatrice s'installe à Londres, au Alexandra House, et s'inscrit au Royal College of Music, une école de grande réputation. En plus du violon, elle y étudie le chant. En peu de temps, auprès de ses collègues venus des quatre coins d'Europe, elle apprend l'anglais, l'espagnol et l'allemand. Intelligente et déterminée, mais également modeste et charmante. Béatrice est la préférée de Fernandez Arbos, son professeur. En 1897, grâce à sa vigilance, elle interprète sur scène une sonate de Grieg qui lui vaut une bonne critique du Musical Times, puis elle se produit au palais de Buckingham.
C'est un remarquable début. Béatrice est déjà une sorte d'idole du Royal College. On admire le style pur de la jeune étudiante, aussi douée pour le chant que pour le violon. Cependant, elle comprend que c'est le chant qui l'attire vraiment. Il convient mieux à sa personnalité, et à son physique. Rousse, yeux noirs, séduisante et racée, Béatrice est faite pour la scène, et non pour l'ombre d'un orchestre, la tête penchée sur son instrument. Les signes s'accumulent. Le jour où Béatrice interprète devant Jules Massenet quelques lignes de son Cid, le compositeur s'écrie: «Vous me faites pleurer avec ma propre musique!»
En 1900, Béatrice Lapalme devient Associate Member of the Royal College of Music et obtient une bourse qui lui permet de poursuivre ses études en Angleterre. C'est la première fois, précise Pierre Lambert, de la Société d'Histoire de Beloeil, qu'une Canadienne française obtient ce titre. Béatrice se donne à fond et suit fidèlement les cours de Nellie Rowe. Cette dernière introduit son élève dans la haute société de Londres. Dîners, cocktails et réceptions grandioses n'impressionnent pas Béatrice, même lorsqu'elle devisera personnellement avec Sir Wilfrid Laurier. Après de vains compliments, les hommes qu'elle séduit sans effort prennent congé, et Béatrice retourne à ses partitions. Fondamentalement sérieuse, et d'une étonnante maturité, Béatrice sait que l'opéra est un métier impitoyable - un amant intransigeant à qui elle doit se donner tout entière.
À Montréal, en 1902, Béatrice La Palme multiplie les concerts. La Presse, la Gazette et La Patrie louangent sa voix, sa diction, son maintien et sa présence. L'engouement du public est unanime et les critiques, tous généreux. Il est difficile de résister à cette diva demeurée simple et souriante, malgré ses toilettes somptueuses, ses bijoux et ses coiffures sophistiquées. Béatrice est impeccablement éduquée et le succès n'affectera ni son humanité, ni sa lucidité face à la brièveté de la gloire, ni la fierté qu'elle a de ses origines. Du reste, elle est ambitieuse et sait très bien ce qu'elle veut : réussir. Mais pas à n'importe quel prix. Car Béatrice La Palme, en plus de toutes ses qualités, est un modèle de droiture et d'intégrité.
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