Lorsque Jocelyne Cazin se lève à l'aurore, elle fait consciencieusement ses exercices au sol, puis de la marche sur tapis roulant ou un peu de natation en piscine. Histoire de se préparer à affronter les défis de la journée avec lucidité et le plus de légèreté possible. Car cette battante, qui cumule 30 ans de métier, dont près de 10 comme journaliste d'enquête, est constamment sur le qui-vive.
Habitée par les sujets brûlants de l'actualité dont elle fait son pain quotidien, Jocelyne Cazin anime depuis trois ans l'émission Dans la mire diffusée à l'heure du lunch à TVA. Près d'un demi-million de personnes écoutent avec un intérêt certain à écouter la journaliste chevronnée interviewer ses invités et intervenir en direct avec le public. La preuve : depuis cinq ans qu'existe la catégorie Animateur/animatrice d'émissions d'affaires publiques au concours MétroStar, madame a gagné les quatre premiers trophées, dont l'un ex-æquo avec Paul Arcand, lauréat de 2004. «J'étais très sereine face aux résultats. Même si je suis compétitive et que je n'aime pas perdre, je me suis dit qu'il fallait aussi laisser la place aux autres», s'épanche une Jocelyne Cazin dangereusement en forme après une saison qui, encore une fois, atteste l'estime et la confiance du public à son égard.
Pour la Jeanne d'Arc au coeur tendre, toujours prête à marcher visière levée contre les fourbes et les hypocrites, ces marques de considération sont extrêmement importantes. Car, sous ses dehors de fonceuse qui lui ont déjà valu la réputation de pitbull, cette femme entière commence à peine à se délivrer de ses peurs comme de ses insécurités intérieures. Peur d'être attaquée, elle qui a reçu des menaces de mort lorsqu'elle animait J.E. avec le regretté Gaétan Girouard. Peur de perdre son job, elle qui n'a jamais mis de gants blancs pour dire son fait à un patron, au point que l'un d'entre eux l'a comparée à «un mal nécessaire!» Peur de ne pas être aimée. Mais, là, au début de la cinquantaine, une certaine harmonie s'est installée. Et le bonheur a le goût de la liberté, de l'assurance et de la reconnaissance.
«Comme je dis souvent à mes amis, je suis un work in progress!, lance Jocelyne Cazin avec humour. C'est ce qui est merveilleux chez l'humain, sa capacité à évoluer. Mais, dans le fond, notre nature profonde demeure. Ainsi, j'ai beau veiller à être moins tranchante dans mes propos, je garderai toujours mon franc-parler, même avec mes supérieurs. C'est vrai que j'aurais pu perdre mon emploi plusieurs fois, tant à la radio qu'à la télévision. Je n'ai pas toujours été sympathique. Que voulez-vous, je ne suis pas une «téteuse de boss», si vous me passez l'expression! Quand je sens une injustice, je la dénonce, qu'elle vienne de l'extérieur de la boîte ou de l'intérieur. C'est mon combat. C'est ce qui m'anime et me rend vivante.» Il faut être animée du feu sacré, en effet, pour fidéliser des milliers de téléspectateurs qui suivent le parcours de Jocelyne Cazin depuis nombre d'années.
La journaliste ne se voit pas investie d'un quelconque pouvoir, ni d'une mission, mais dit profiter d'un privilège que doivent lui envier bien des politiciens. Depuis le temps qu'elle entretient une relation étroite avec le public, Jocelyne Cazin constate chez celui-ci une plus grande ouverture d'esprit et une façon plus claire de s'exprimer. Idem chez ses invités... qu'elle ne se prive pas de houspiller si d'aventure l'un ou l'une intellectualise trop son propos! «Le but de Dans la mire étant d'aider les gens à comprendre les différents phénomènes et courants de société, il ne s'agit pas de se livrer à de savantes analyses. Mon équipe et moi passons une douzaine d'heures à préparer chacune des émissions. Comme il me faut répondre à chaud aux questions du public, j'ai intérêt à être bien documentée», explique celle qui a appris le métier sur le tas et fait ses classes notamment au Match de la vie. Malgré l'évolution des mentalités, elle avoue être parfois désarçonnée par les réactions de l'auditoire quand l'émission aborde des sujets pointilleux comme l'homosexualité, la prostitution ou la religion.
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