Un enfant Mais au milieu de toutes ces occupations, Joël Legendre, la quarantaine épanouie, est d'abord et avant tout le papa de Lambert, quatre ans et demi. Ses Bouffées d'air pur, il les doit en grande partie à ce petit garçon, né en Mongolie intérieure, qu'il est allé chercher dans l'orphelinat où l'enfant avait passé la première année de sa vie. C'était il y a trois ans, alors que le gouvernement chinois autorisait encore l'adoption par des célibataires. Depuis longtemps déjà, Joël faisait deux rêves récurrents: il se voyait sur une scène, applaudi par le public, et il trouvait un panier au précieux contenu: un bébé.
Pour se préparer à la réalisation concrète du deuxième rêve, Joël s'est mis au travail. «Il me fallait déterrer mon enfance pour devenir le meilleur père possible.» Et ce, non en lisant des tas de bouquins traitant de l'expérience des autres à propos d'adoption, mais plutôt en faisant une psychanalyse, une vraie, avec le divan et tout et tout, à la Woody Allen... L'agence Formons une famille avait bien indiqué au futur papa qu'adopter était possible, mais que cela pouvait prendre des années. Le sort allait en décider autrement. Joël portait déjà cet enfant en lui et, armé de sa propre conviction et d'une détermination inébranlable, trois semaines plus tard, il avait monté le dossier pourtant fort complexe. Et c'est ainsi qu'en moins d'une année le petit Lambert, seul garçon de son orphelinat, découvrait son papa et sa grand-maman venus le chercher. «Cet enfant-là m'attendait, tout comme moi... Ma mère est persuadée que l'âme de son fils et celle de son petit-fils étaient déjà connectées», raconte Joël avec émotion.
Lambert est un enfant confiant. «Depuis la première nuit jusqu'à aujourd'hui, il a toujours dormi 12 heures, sans jamais faire de cauchemar. Et tous les soirs, sur sa demande, je lui raconte sa propre histoire, il ne s'en lasse pas», me confie l'heureux père. Il sait que sa trop petite maman l'a porté dans son ventre et que son papa, lui, le porte dans son coeur. Le garçonnet est adoré de son père; mais attention, et Joël Legendre tient à bien le préciser: «Ce ne sera jamais un enfant-roi.» À la maison, on a établi un règlement, on a installé des balises. Lambert, enfant de la résilience s'il en est, est toujours de bonne humeur. À la garderie, c'est un leader (tiens, tiens...) qui comprend cependant qu'on puisse lui dire non. Et si à quatre ans et demi il le comprend, c'est parce qu'on le lui a bien expliqué. C'est aussi un gamin à qui son père dit toujours la vérité, même si cela peut faire un peu mal. La confiance en soi, l'estime de soi, valeurs essentielles que Joël s'efforce de transmettre à son fils, ne s'acquièrent pas sans effort.
Quant aux modèles féminins, Lambert n'en manque pas, à commencer par Annie, son éducatrice; sa grand-maman; sa marraine, Élyse Marquis; mais aussi Dora l'exploratrice, son idole! De toute façon, pour Joël Legendre, c'est vraiment un cri du coeur. «Arrêtons de séparer les hommes des femmes. Arrêtons de faire des catégories. Nous sommes tous des êtres humains.» Et plus tard? «Attendons plus tard, justement. En éducation, comme dans mon métier, je pars avec ce que je suis et j'essaie de me faire confiance.» Joël Legendre affirme haut et fort qu'il vit dans le présent. Quant à Lambert, si on lui demande ce qu'il veut faire quand il sera grand, sa réponse fuse, claire, nette et précise: «Je veux être fils de comédien.» Existe-t-il témoignage plus éloquent de son bonheur actuel?
Nous avons beaucoup parlé, Joël Legendre et moi, beaucoup ri et un tout petit peu pleuré... Un moment de vie, en somme.
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