personnalités      passe-temps et voyages

NOUVELLES

Pauline Julien, souverainement libre

Par Betty Achard - Article extrait du magazine Madame

C'est en 1954 que pour la première fois, officiellement, Pauline Julien chante. Son public : les bagnards de l'île de Ré, pour qui elle interprète notamment Le Galérien. Sa deuxième expérience aura lieu l'année suivante alors qu'elle va tenir, au pied levé - et alors qu'elle est enceinte de sept mois -, un rôle de chanteuse de cabaret. Elle est remarquée par plusieurs, dont la «petite» professeure de chant devant qui s'inclinaient les plus grands : Mireille. Le 23 avril 1955, la vie de mère reprend ses droits. À peine sortie du théâtre où elle était allée voir Les Œufs de l'autruche, en compagnie de Kim Yaroshevskaya, Pauline accouche de Nicolas.

Peu de temps après, elle part pour l'Italie avec Jacques : c'est la vie d'artiste. Au cours de ce voyage, elle prend une nouvelle décision, la bonne : elle sera chanteuse. Tout comme pour Piaf ou Barbara, qu'elle admire tant, les débuts vont être difficiles. La jeune femme va se produire dans les boîtes de Saint-Germain-des-Prés - parfois jusqu'à trois par soir. Le Cheval d'Or, L'Écluse, Les Trois Baudets, Chez Moineau, le Port-du-Salut... Sa beauté non conventionnelle, sa tignasse auburn, ses attitudes d'oiseau blessé et sa voix chaude, profonde, intense, vibrante, habitée par la mer et le vent, aux rafales parfois violentes, intriguent. Lorsqu'elle interprète le poème d'Anne Hébert Je suis une fille maigre, le public, d'abord dubitatif, est conquis. Rien n'est jamais gagné d'avance, Pauline le sait bien. Mais elle a choisi, quel que soit le prix à payer.

Et il est parfois bien lourd, ce prix-là. Sa vie de famille en a indubitablement souffert. Le sculpteur Philippe Scrive écrivait à son propos : «Elle se jetait à corps perdu, c'est ce qui faisait sa force.» Il en sera ainsi toute sa vie durant. Dans La Revue populaire, Judith Jasmin décrit ainsi la chanteuse : «Sa voix... est pleine d'étincelles; elle distille l'or et le sang... cette jeune barde de chez nous.» Six ans ont passé. En 1957, Pauline Julien rentre au pays... pour un certain temps. À Montréal, elle va souvent partager la scène avec des artistes déjà célèbres, telle Clémence DesRochers. Chez Jacques Normand, dans la métropole, ou Chez Gérard, dans la Vieille Capitale, elle interprète du Weill, du Brecht et, toujours, La Complainte de Rutebeuf. Entre-temps, la télévision a pénétré dans les foyers, Pauline aussi. Mais en 1958, l'appel de Paris de fait se nouveau entendre : elle repartira seule et croisera alors Brassens, Gainsbourg, Ferré, Piaf, Anne Sylvestre, et Raymond Devos qui écrira à son propos : «Dans mon coeur, elle restera une des plus grandes joies de ma vie.»

Pendant ce temps-là, Pascale et Nicolas vivent au Québec et Pauline s'en ennuie beaucoup - et culpabilise quelque peu. En 1961, elle rentre... Gilles Vigneault, avec qui elle partagera maintes fois la scène, lui offre Jack Monoloy, un succès qu'elle n'abandonnera jamais. Cette même année, elle fait la connaissance d'un jeune journaliste, Gérald Godin, dont les commentaires dans Le Nouvelliste portent plus sur l'interprète que sur le répertoire : «Pauline Julien est un petit arbre dur, entêté, tout à la fois noueux et fragile.» Se pourrait-il qu'il ait tout compris dès le départ? Effectivement, forte et fragile, la chanteuse confiait à son journal : «Moi seule peux savoir les tonnes d'inertie qu'il me faut remuer, soulever avant le moindre geste, et la moindre décision.»

Pauline est à Paris lorsqu'elle apprend le décès de sa mère; trop tard, hélas, pour venir l'enterrer. Cette année difficile sur le plan émotif la comble toutefois sur le plan professionnel. Elle se partage, se déchire parfois, entre Paris et Montréal, mais elle endosse comme une seconde peau son rôle de Jenny dans L'Opéra de quat'sous. Gérald Godin souligne dans Le Nouveau Journal sa forte présence. En 1962, leur histoire prend une tournure amoureuse. Ils sont loin de penser alors qu'ils embarquent pour une traversée qui allait durer 30 ans et qu'agiterait plus d'une tempête. Gérald avait écrit : «Nous allons à elle comme à un havre» : ce qu'elle fut.


1. Ses débuts
2. Pauline, chanteuse
3. Souverainiste
4. Témoignages
Articles

Béatrice La Palme: une étoile filante

Barbara et son aigle noir
autres
 autres articles
À lire aussi
Béatrice La Palme: une étoile filante
Barbara et son aigle noir
Josephine Baker, chanteuse et danseuse
Nouveau dans Loisirs - culture
On s'évade dans les Keys
Les longues randonnées hivernales
Voyage à Cuba: Pinar del Rìo
Nouveau dans le site
Précieuses légumineuses
Le télétravail : une option à envisager
S'offrir une métamorphose, pourquoi pas?
Commentez ce blogue
Nos concours



Mois prochain

Tous droits réservés : © 2010 Médias Transcontinental inc.
Un site Transcontinental 3W
Mise à jour des contenus : MagazineMadame.ca
Optimisé pour Internet Explorer 5, 800x600