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Pauline Julien, souverainement libre
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Par Betty Achard - Article extrait du magazine Madame
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Aux côtés du journaliste, poète et politicien, Pauline Julien devient au fil du temps une pasionaria de la souveraineté. Déjà engagée dans le féminisme, l'artiste restera toute sa vie durant «une femme de causes». En 1967, son intérêt pour le socialisme l'avait déjà poussée à faire une tournée - triomphale - en Russie. En 1970, lors des événements que l'on sait, elle va défendre les membres du FLQ et sera désormais de toutes les manifs. Le 16 octobre, comme beaucoup d'intellectuels et d'artistes, Gérald et Pauline seront arrêtés et détenus de façon «préventive» pour une semaine. C'est par la suite que la chanteuse donnera ses spectacles Fragile et Poèmes et chants de la résistance.
Le 15 novembre 1976, c'est la grande victoire du PQ : Pauline en est. Le 20 mai 1980, c'est l'échec du référendum et Pauline Julien, à la suite du «À la prochaine fois!» de René Lévesque, s'emparera du micro pour chanter, avec ses tripes, La Danse à Saint-Dilon. Là-dessus, elle et Gérald partent pour un grand voyage à travers le Québec, jusqu'à Natashquan. Le choc a été dur, la déception, amère. Pauline se sent flouée, elle avoue même ne plus avoir de «plaisir à chanter». Mais elle est une bête de scène. Basée à Montréal, elle continue les tounées. La Suisse, la Belgique lui réservent toujours un accueil chaleureux; le journal français L'Aurore la décrit comme «du feu et de la lave. Séisme et raz-de-marée conjugués». Et pourtant, entourée de tant d'amour, Pauline Julien songe parfois «au plaisir de mourir», comme elle l'a écrit. Sa relation avec Gérald n'est pas simple - c'est l'époque du «mariage open» -, mais au-delà des frasques mutuelles, elle affirme : «Je l'aime en profondeur, de toutes les couleurs, comme il est. » Elle le lui prouvera. Ils s'étaient mariés en 1990. Il mourra dans ses bras le 12 octobre 1994 des suites d'une tumeur au cerveau, après s'être âprement battu, sa femme toujours à ses côtés.
Pauline Julien est à son tour attaquée par une maladie qui ne pardonne pas : l'aphasie dégénérative. Elle qui refusait déjà les effets du simple vieillissement va repousser avec vigueur ce mal insidieux. Femme de parole, elle ne pourra se résigner à vivre dans le silence auquel elle est peu à peu réduite. Elle décide donc de s'échapper, belle. Ce soir-là, elle a eu l'âme à la détresse et a décidé d'en finir. C'était à l'automne 1998.
Elle nous laisse tant de souvenirs. Sa discographie est impressionnante, depuis son premier microsillon, Enfin... Pauline Julien, sorti en 1962, en passant par Licence complète, Femmes de paroles, Fleurs de peau, et quelque 30 autres jusqu'à Où peut-on vous toucher? en 1985, qui lui vaudra, pour une deuxième fois, le prestigieux prix Charles-Cros.
Elle qui a tant chanté Non, tu n'as pas de nom a pourtant réussi à immortaliser le sien et reste pour nous plus qu'une grande chanteuse, une véritable figure de proue du Québec.
Référence : Louise Desjardins, Pauline Julien. La vie à mort, biographie, Montréal, Leméac, 1999.
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