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La violence des adolescentes

Par Suzanne Décarie

Que font les adultes?
Harcelée, Cindy en était rendue à manger son lunch aux toilettes. Elle ne savait plus où se réfugier. Où étaient les adultes? Comment se fait-il que personne dans son entourage n'ait réagi? Les professeurs sont-ils conscients de cette violence sournoise? «Tout à fait, répond Nadine Lanctôt. Mais ils sont plutôt dépourvus, et passablement débordés.» Plusieurs disent qu'ils aimeraient aider les jeunes, mais qu'ils ne peuvent faire plus. Ils n'ont pas envie de jouer les intervenants. Et leurs moyens sont limités. «C'est difficile de faire quelque chose quand la psychoéducatrice ne vient à l'école qu'une fois par semaine.»


Selon la criminologue, il faut que les directeurs d'école, les professeurs, les parents et les élèves soient sensibilisés à cette violence. Qu'on ne dise plus que ce sont de banales histoires de filles... Il faut en parler. Il faut aussi définir clairement ce qu'est un comportement acceptable et un comportement qui ne l'est pas, et prendre des mesures pour lutter contre les comportements jugés inacceptables.

«Le plus grand pouvoir qu'on donne à ses agresseurs, c'est le silence», souligne Chantal Fredette en rappelant qu'un agresseur, c'est quelqu'un de peureux, qu'une personne violente, c'est aussi une personne qui a peur, et qu'une
personne qui a besoin de rabaisser l'autre, c'est une personne qui n'a pas confiance en elle. «À partir du moment où l'intervention est dénoncée par la jeune et que le comportement de l'agresseur est officiellement, socialement sanctionné, on redonne du pouvoir à toutes les victimes potentielles», affirme-t-elle.

Chantal Fredette croit qu'il est important d'éduquer les jeunes aux relations saines et égalitaires et à la civilité, et qu'il faut aider les adolescentes agressives à s'affirmer et à résoudre leurs conflits autrement que par la violence indirecte. «On doit aussi aider les victimes à s'affirmer, à se protéger et à réagir, car elles peuvent avoir des comportements qui encouragent leur agresseurs», ajoute-t-elle. Il faut leur redonner du pouvoir, leur apprendre à dire à l'autre que ce qu'elle fait est inacceptable. «À l'adolescence, on ne peut pas y arriver seule. On a besoin de savoir que des gens nous appuient.»

Nadine Lanctôt souligne qu'il existe d'excellents programmes pour enseigner aux filles les habiletés sociales de base qu'elles doivent acquérir pour bien fonctionner en société. Les thérapies cognitivo-comportementales les aident ainsi à adopter de nouvelles attitudes et à se défaire de leurs pensées erronées. On leur apprend à gérer leur colère, à en reconnaître les signes (poings serrés, mâchoires crispées, rougeur, battements rapides du coeur...), à se raviser en usant de moyens simples : respirer, compter jusqu'à 10 en pensant aux conséquences possibles d'un geste violent, etc.

Si notre adolescente est victime de violence
Si notre fille est victime de la violence d'autres filles, il ne faut pas hésiter à en parler avec elle. Il faut surtout la laisser nommer ce qu'elle vit, l'écouter et entendre sa souffrance, même s'il est très difficile d'accepter que son enfant soit rejetée. Il ne faut pas hésiter non plus à en parler avec ses professeurs, avec la direction d'école... au conseil d'établissement, si nécessaire.

Il ne faut surtout pas minimiser ce que vit notre enfant en se disant que ça va passer. «À une jeune fille qui se retrouve isolée parce que son gang a décrété qu'elle était la pute de l'école, on ne peut pas dire de faire comme si de rien n'était », souligne Chantal Fredette.

«Il faut être attentif à ce que vit notre jeune, poursuit la criminologue. Derrière une confidence qui paraît anodine - "Je me suis fait voler ma brosse à cheveux!" - peut se cacher une immense souffrance.»

Les adolescentes victimes de violence ne doivent pas hésiter non plus à briser le mur du silence et à demander de l'aide à une personne en qui elles ont confiance.

Plus qu'avant?
Les chiffres montrent une augmentation de la violence physique des filles. Depuis 1988, le taux d'adolescentes accusées d'infractions violentes a augmenté de 127% - cette augmentation est de 65% chez les adolescents. Même si cela semble énorme, il reste que les garçons sont toujours responsables de la grande majorité des infractions violentes commises par des jeunes, les filles étant coupables du tiers d'entre elles.

«Mais y a-t-il une augmentation réelle de la violence des filles ou n'est-ce pas plutôt que la société la réprouve?», demande Chantal Fredette. Traditionnellement, on considérait que les filles manifestaient une violence réactive, c'est-à-dire qu'elles étaient violentes parce qu'elles se faisaient attaquer ou parce qu'un gars les obligeait à être violentes. Quand on intervenait auprès d'elles, on avait tendance à mettre en place des mesures de protection. Maintenant, on réalise de plus en plus que les filles peuvent attaquer comme les garçons. «On judiciarise donc davantage la violence des filles, la violence directe de type voies de fait, de sorte qu'on les voit plus dans les statistiques officielles.»

Et les gangs?
Dans les gangs organisés, qui sont relativement marginaux, il y a 10 % de filles pour 90 % de garçons. Ces filles ne sont pas forcément victimes. «Même les filles recrutées à des fins de prostitution sont capables de criminalité et de violence», note la criminologue Chantal Fredette. Elles ont compris que le degré de respect qu'elles inspirent est proportionnel à leur capacité d'agressivité et de violence. Plus leur gang est dur, plus elles risquent d'avoir recours à la violence physique. Comme elles ne sont pas de taille avec les poings, certaines s'arment. Cela dit, la criminalité des filles y est moins fréquente et moins grave que celle des garçons.



~ Vous avez apprécié cet article? Il provient de l'édition de juin 2004 du magazine Madame qui, chaque mois, vous propose des recettes, des menus, des rencontres, des témoignages, des articles en santé et en beauté. Tout cela et bien plus dans votre Madame!



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