Retrouver sa mère biologique est une expérience riche en émotions: les retrouvailles représentant toujours un grand bouleversement de part et d'autre. Et quand la réalité n'est pas à la hauteur du rêve longtemps entretenu, comment s'en sortir tout de même grandi. Témoignage et explications.
L'histoire d'Anne-Marie Enceinte de son deuxième enfant, Anne-Marie, une professionnelle au début de la trentaine, ressent un besoin plus pressant de retrouver ses origines. «J'ai toujours su que j'avais été adoptée, mais je n'avais jamais ressenti le besoin de rechercher ma mère biologique. Enceinte, avec tous les bouleversements hormonaux qui jouent sur nos sentiments, j'ai voulu savoir. Je me disais que cela devait être si difficile de se séparer de son enfant», raconte-t-elle.
Les démarches entreprises auprès d'un centre jeunesse aboutissent environ un an plus tard. «Même si je suis très forte psychologiquement, j'ai été ébranlée quand on m'a appelée pour me décrire ma mère biologique. Pendant une demi-heure environ, on m'a parlé d'elle: son âge, sa vie, son lieu de résidence, etc. On m'a aussi dit qu'elle avait aussi donné en adoption deux autres enfants, en plus de moi. Déjà là, j'ai eu un choc. J'avais toujours nourri l'idée que mon abandon avait dû lui crever le coeur. Connaissant maintenant la puissance de l'amour maternel, je me disais: «Pauvre madame qui a dû se séparer de son enfant», mais la réalité était toute autre. Mes illusions étaient brisées: je n'avais pas été la seule à être abandonnée. Comment pouvait-on faire cela «à répétition»? Ce fut vraiment la fin d'un fantasme sur ce que je m'étais imaginé», confie Anne-Marie.
Craignant de l'avoir jugée trop rapidement, Anne-Marie a laissé passer quelques semaines, puis elle s'est ravisée et a demandé à la rencontrer. «Je suis allée chez elle avec mon conjoint pendant quelques heures. Avant de sonner, toutes les émotions m'envahissaient. J'étais craintive et heureuse à la fois. On a parlé de tout et de rien. Ce n'est pas évident de savoir quoi se dire. Aussi, on s'est examinées, se cherchant des ressemblances. Je l'ai rassurée sur mon enfance en lui disant que j'avais d'excellents parents adoptifs.»
Enfin, Anne-Marie savait. Mais, elle a aussi pris conscience que sa vie n'aurait jamais été la même si elle avait été élevée par cette femme plutôt que par ses parents adoptifs. Par la suite, les deux femmes se sont parlé deux fois au téléphone, puis Anne-Marie a cessé de répondre aux tentatives de rapprochements de sa mère biologique. «Ma mère biologique, sa vie et ses valeurs étaient très éloignées des miennes. Je ne voulais donc pas entretenir de relation plus poussée avec elle. Je ne cherchais pas à la faire entrer dans ma vie, je voulais seulement savoir. Et, rétrospectivement, si une boule de cristal m'avait permis de savoir ce que je sais maintenant, je n'aurais pas entrepris mes recherches. Je n'en avais pas assez besoin dans ma vie. Quand on s'est parlé pour la première fois, elle m'a parlé de ma grande soeur et de mon jeune frère, mais elle n'avait aucun souvenir de moi. Ce fut, somme toute, une expérience plutôt décevante. Et nos vies étaient si éloignées que je ne me reconnaissais aucunement en elle.»
De ces retrouvailles, Anne-Marie retient deux choses: sa mère biologique lui a rendu un immense service dans la vie en la confiant en adoption alors qu'elle était bébé. Ainsi, elle a vécu une vie bien différente et plus positive que si elle était restée auprès d'elle. Aussi, elle a retrouvé sa grande soeur avec qui elle a partagé une belle relation avant que cette dernière ne décède.
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