La dépression chez les enfants ne doit pas être prise à la légère. Bilan de la situation.
Un matin, Jade, 8 ans, s'est barricadée dans sa chambre : elle broie des idées noires. Elle a crié au travers de la porte qu'elle ne voulait plus jamais aller à l'école. Désemparés, ses parents ont tenté de comprendre leur petit ange. Entre deux cris, elle a craché le morceau : elle se trouvait trop grosse, «nerd» et très moche.
Les jours suivants, la fillette a régulièrement éclaté en sanglots sans trop comprendre ce qui lui arrivait. Elle a même été violente avec les personnes de son entourage, lorsqu'elle était contrariée. Ébranlés face à la situation, les parents ont remis en doute la manière dont ils avaient éduqué leur enfant. Peut-être l'avaient-ils trop protégée? Ils se sont sentis très coupables. Après que Jade a rencontré un psychiatre ami de la famille, les parents ont compris que leur fille était devenue dépressive. Les causes? Intimidation à l'école, personnalité sensible et antécédents familiaux. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les enfants dépressifs ne vivent pas nécessairement au sein d'une famille problématique.
La dépression: des causes multiples
La docteure Hélène Bouvier est pédopsychiatre à l'hôpital Rivière-des-Prairies, à Montréal. Selon elle, le cas de Jade n'est pas marginal. Elle remarque que la dépression touche actuellement presque autant les jeunes que les adultes, soit entre 10 et 15 % de la population.
«Cette maladie peut être causée par plusieurs facteurs, indique-t-elle. Il peut s'agir d'hérédité, d'un tempérament plus vulnérable que la moyenne des personnes et de stress environnementaux tels que de l'intimidation à l'école, un divorce ou un déménagement.»
Michèle Lambin, travailleuse sociale auprès des jeunes depuis plus de 25 ans et auteure d'un ouvrage sur le suicide des ados, remarque que la dépression peut dans certains cas se déclarer subitement comme un orage dans un ciel bleu. «Rien qu'à cause d'un héritage génétique et d'une sensibilité biologique, un enfant peut devenir dépressif, souligne-t-elle. Aucun élément déclencheur comme l'intimidation à l'école n'est alors observé.
Une maladie bien réelle
Un jeune ou un enfant dépressif ne va pas nécessairement exprimer son malaise comme le ferait un adulte. «Les principaux symptômes chez l'enfant sont l'irritabilité accrue, des douleurs au ventre, des maux de coeur, la perte d'appétit, un sommeil agité, l'isolement social et la peur d'aller à l'école», explique la docteure Bouvier. L'enfant éprouve généralement ces symptômes pendant plus de deux semaines, et cela, à plusieurs reprises dans une même journée. La dépression s'explique par des causes physiologiques. Les personnes aux prises avec cette maladie connaissent en effet une baisse de sérotonine, laquelle entraîne une perte de sommeil et une diminution de l'appétit. Elles subissent aussi une baisse de noradrénaline qui occasionne la baisse d'énergie et déclenche les idées noires.
«La dépression n'est pas seulement d'ordre psychologique, fait remarquer Michèle Lambin. C'est une maladie cérébrale qui doit être prise au sérieux. Elle doit être adéquatement traitée au même titre que les autres maladies dites ''conventionnelles''.»
Des antidépresseurs à la psychothérapie, en passant par le millepertuis Dès la manifestation des premiers symptômes de la dépression, il est important d'amener son enfant chez le pédopsychiatre. «La dépression sévère est généralement une maladie qui se traite à l'aide d'antidépresseurs, précise la docteure Hélène Bouvier. Les antidépresseurs atténuent les symptômes, améliorent l'humeur et, contrairement à ce que l'on croit, ne créent pas de dépendance physique.»
«Il est fortement recommandé de compléter ce traitement par des séances de psychothérapie, renchérit-elle. Celles-ci permettent de travailler les aspects psychologiques et sociaux qui pourraient être reliés à l'épisode dépressif. Ces rencontres apportent aussi aux jeunes des outils pour qu'ils ne retombent pas dans des attitudes dévalorisantes et négatives, à long terme.»
Dans le cas de dépression légère ou modérée, le millepertuis est un traitement naturel qui peut être envisagé. Il doit être conjugué à des séances de psychothérapie. «Des études scientifiques ont démontré que le millepertuis est efficace pour traiter la dépression légère ou modérée auprès de certains adultes», indique la docteure Bouvier. Une fois que le traitement contre la dépression amorcé, les parents peuvent inciter leur enfant à participer à ses activités préférées. «Les jeunes dépressifs ont besoin de se retrouver en mouvement pour se rétablir», précise madame Lambin.
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