La fin d'une quête et un nouveau départ De telles retrouvailles sont toujours l'aboutissement d'un long processus. Mais c'est avant tout la rencontre de deux vies. Lucie Bourdeau, psychothérapeute spécialisée en adoption, dit que ce sont, en fait, deux étrangers intimes qui renouent. «Il n'existe aucun repère dans la société pour ce type de relation. Et pourtant, les gens manquent de préparation pour ces retrouvailles. Involontairement, ils se concentrent davantage sur l'idée de l'aboutissement sans prendre le temps de songer à la période des «après-retrouvailles» pourtant très importante, car elle est le début d'une nouvelle relation», soutient-elle.
Les attentes sont grandes envers les retrouvailles entre enfant adopté et mère biologique. «Beaucoup croient que cette rencontre apaisera plein de doutes et apportera des réponses à leurs questions. Toutefois, on oublie trop facilement qu'une telle rencontre peut réactiver des pertes, replonger dans la souffrance et l'abandon, réveiller des pourquoi moi et réactiver de vieilles émotions», précise Lucie Bourdeau. Chacun entretient envers l'autre beaucoup d'attentes et de fantasme. La réalité peut parfois être déconcertante. Sans compter que l'impact d'une rencontre n'est pas à banaliser: «Voir quelqu'un qui te ressemble ou faire face à quelqu'un qui ne nous ressemble pas du tout peut être un choc.» La rencontre avec quelqu'un de «bien normal» ou dont les valeurs, le mode de vie, le milieu de vie et parfois même la langue diffèrent est toute une adaptation.
Une danse délicate Pour les retrouvailles qui concluent parfois des années de recherches, il serait bien facile de croire que tout ira de soi, mais il n'en est pas toujours ainsi. Dans une relation post-retrouvailles, il faut être prête à ouvrir la porte tout en respectant les attentes et les sentiments de l'autre. «C'est une danse fragile. Il faut aussi savoir danser la même danse en se gardant un espace pour ne pas se piler sur les pieds», raconte Lucie Bourdeau.
Pour les mères biologiques, pour qui le choix de laisser leur enfant était plus souvent qu'autrement imposé, beaucoup de colère et d'impuissance remonte en surface. D'autant plus que certaines ont vécu dans le secret durant toutes ces années.
Les enfants adoptés vivent un processus de quête de soi. Ils ne recherchent pas une famille; ils en ont déjà une dans la plupart des cas. Ils ne savent donc pas quelle place donner à leur «maman d'origine». Devant ce conflit de loyauté, ils sont pris entre deux feux et entre deux mères. Ces enfants ne veulent pas que leurs démarches soient perçues comme une vengeance par leur famille adoptive, mais conservent depuis toujours le désir de connaître leurs origines.
Aussi, dans cette danse fragile, un des deux danseurs - celui qui recherche l'autre depuis des années - a une longueur d'avance sur son vis-à-vis. Celui qui cherche est mieux préparé: «Les retrouvailles sont l'aboutissement de quelque chose qu'il a toujours voulu, mais il faut respecter le fait que l'autre puisse vouloir prendre son temps pour guérir certaines blessures», constate Lucie Bourdeau. L'ambivalence des sentiments est aussi une possibilité: certains jours, on s'éloigne et d'autres, on désire se rapprocher. Un pas en avant, un autre de côté et... en arrière! Une danse à apprendre lentement!
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